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Petit
poisson deviendra grand, promettait La Fontaine. Voilà
qui est fait. Après Tom
Poisson fait des chansons, en
2004 et Tom Poisson fait des chansons…
tom 2, il y a deux ans, voilà
un troisième tom – pardon, un troisième
tome discographique dont le titre cette fois ne rappelle pas
le nom du chanteur, mais le proclame Riche à millions.
Riche à millions,
la chanson, parle d’une rupture en forme de renaissance,
mise au monde et mise à la voile : le poisson-chat
des épisodes précédents (plus chaton
mutin que mordant félin) se fait ici poisson volant.
Riche à millions,
l’album, confirme tout entier l’envol. Comme un
manifeste de la maturité, après deux vols d’essai
adulescents ; essais réussis, planants vagabondages
autour d’amours de récré, de voiliers,
de vieilles dames et d’orangers en Chine. Bulles à
la Boogaerts, ton à la Souchon. Cœur lourd, musique
légère…
On
a aimé d’emblée l’auto-portrait
mélancolique et gai, les écailles où
se mirer, on embarque volontiers pour la nouvelle traversée
- qui file la métaphore marine, de
Titanic en
Pédalo.
Ceux qui gardent en mémoire les ballades de naguère
auront la sensation de redécouvrir Poisson. Il a mis
dans sa voix « plus de crasse et d’humeur »,
dit-il ; élargi sa palette sonore – bossa chic,
swing, valse et musette s’étoffent de cordes
nylon et de bandonéon, de glückenspiel et de violons,
de pianos, d’orgues et de trombone… Mélodies
joueuses, toujours, mais aux comptines de naguère,
le compositeur ( avec pour complice à la réalisation
l’accordéoniste Alexandre Léauthaud) préfère
aujourd’hui des échos de Nino Rota ici, là
des tourneries à la Manu Chao.
Dans l’encre de ses mots se mêlent
eaux profondes et reflets de soleil. Les chansons content
des « vies au bord des rêves »,
des vies d’aujourd’hui, d’un Henri
à la rue à de familiers
sons électroniques (La
Complainte de l’homme moderne).
Brodent finement, et drôlement sur le motif du «
nevermore » : « Cette
fois c’est sûr, je serai plus jamais/Champion
au 110 mètres haies/Ni trompettiste en jazz à
l’international/Je serai plus jamais président
du Nicaragua »…
Explorent les confins de la carte du Tendre, les contrées
incertaines d’après l’eldorado amoureux.
Evocation des premiers émois inspirée d’Amélie
Nothomb (Je m’ennuie,
en duo avec Clarika), nostalgie des étreintes d’antan
(J’aimais mieux avant
), titre paradoxal :
Je t’aimerai quand
même, pour annoncer un grand
départ (non plus à la voile mais en vélo)…
Réaliste, réjouissante cruauté.
Les chansons de Tom Poisson aiment mieux
l’amitié que l’amour. Elles se choisissent
un grand frère, joué par Sanseverino (Mon
cœur qui penche), ou un petit
frère, celui du P’tit loup de
Perret (Mon ami sans voix).
Chansons thérapeutiques, dit leur auteur. L’est-elle
aussi, celle dédiée à un Papa
atteint d’Alzheimer ? Les mots
d’amour résonnent là, et touchent juste,
comme ceux qui disent la passion attiédie, le malentendu
d’après l’unisson. Ils offrent l’alternative
de l’envol : au-dessus des toits, à la cime des
voiles, vers l’azur…
Tom Poisson - poisson-volant, chansons
ailées - a pris son essor.
Anne-Marie
Paquotte
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